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Le point
après les J.O. de Sydney
"Cela s'est reproduit quand les Nations unies ont reprouvé les condamnations
prévues par les lois australiennes pour les délits de vol dans le Territoire du
Nord et l'Australie-Occidentale. Où l'on a vu un enfant miséreux coupable
d'avoir volé pour la première fois une simple canette de soda écoper de quatorze
jours de prison ou cet autre, encore, se suicider en détention préventive après
avoir été arrêté pour avoir dérobé une poignée de tubes de peinture et de
crayons. C'est la leçon qu'inflige la société blanche dominante aux petits
Aborigènes. Sur ce, les enfants récidivent et la peine est doublée. Et ainsi de
suite. Indéfiniment."
Croire en
l'incroyable, Alexis Wright
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Avant-propos
Cette page a été écrite après un
voyage à Darwin et Alice Springs en septembre 2001. Les informations données
sont tirées des journaux aborigènes (Land Right News du NLC et différentes
publications de ATSIC) et de conversations avec des personnes vivants dans le
Territoire du Nord. |
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Présentation
En septembre 2000, les Jeux Olympiques de Sydney
ont focalisé l'attention les médias sur l'Australie et les Aborigènes. Mais depuis cet évènement
planétaire, que s'est-il passé pour les Aborigènes ?
D'abord, l'évènement marquant a été le mouvement de
réconciliation
nationale entre les blancs et les Aborigènes. Ce grand élan fraternel a aussi
été le support pour la revendication d'un traité reconnaissant le peuple
aborigène.
Cependant, ce grand mouvement, largement médiatisé,
cache une réalité beaucoup plus dure pour les Aborigènes. Dans le
Territoire du Nord, il existe toujours des lois qui touchent d'abord les
Aborigènes et dont le but est de rassurer les australiens blancs : la loi de condamnation obligatoire et
la loi sur le comportement antisocial en sont deux exemples.
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Dans les villes du Territoire du Nord, comme Darwin et
Alice Springs, la lutte quotidienne des Aborigènes pour leur dignité rencontre
toujours l'opposition farouche de ceux qui détiennent le pouvoir : hommes
politiques, policiers des plages, marchands d'alcool ou représentants de
l'industrie touristique.
Dans ce contexte de discrimination, les aborigènes vivant
dans le "bush" subissent aussi les conséquences de cet affrontement
entre deux cultures. Les jeunes Aborigènes vivant dans les communautés
retirées du désert préfèrent sniffer du pétrole que d'aller à l'école.
Face à fléau, les adultes tentent de réagir avec les moyens dont ils
disposent.
Dans le monde de la peinture aborigène, une nouvelle
galerie s'est ouverte à Alice Springs : DESART. Cette entreprise artistique est soumise à
deux contraintes : subvenir aux besoins financiers des artistes et vendre suffisamment
d'oeuvres pour être rentable.
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Le mouvement de réconciliation nationale
Lancé en 1991 par le gouvernement de l'époque, le mouvement de
réconciliation nationale a connu son apogée au mois de juin 2000, un peu avant
l'ouverture des JO de Sydney. Ce mouvement national s'achevait par une
marche sur le grand pont de Sydney (Sydney Harbor Bridge) qui rassemblait
250.000 personnes. Le parcours menait à l'opéra de Sydney où une
déclaration sur la réconciliation a été remise au premier ministre John
Howard. Ce document rassemblait les demandes faites par les Aborigènes pour la
reconnaissance de la génération volée, pour l'abandon du plan en 10 points du
premier ministre et la mise en place d'un traité reconnaissant les peuples
indigènes.
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Cependant, ces revendications n'ont toujours pas été satisfaites
et la réélection de John Howard, en octobre 2001, ne risque pas de changer
cette situation.
Actuellement, la commission ATSIC qui défend les droits aborigènes mène une
grande campagne d'information dans les communautés aborigènes pour expliquer
l'intérêt d'un traité entre le gouvernement australien et le peuple
autochtone. En effet, l'idée d'un traité soulève un grand nombre de questions qui
risquent de diviser
l'opinion publique aborigène. Notamment, un traité pourrait mener à la création
de gouvernements aborigènes autonomes et à la mise en place de droits
spéciaux pour les Aborigènes.
Parallèlement au mouvement de réconciliation nationale, une installation baptisée
"Sea of Hands" (mer de mains) a sillonné toute l'Australie. Elle
regroupait 120.000 mains en plastique plantées dans le sol et signées par
250.000 australiens. Cette installation avait pour but de sensibiliser les
Australiens à la nécessité de créer une nation unie reconnaissant
pleinement les droits des peuples indigènes.
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Les lois
visant les Aborigènes
L'exemple le plus marquant de la politique de "tolérance zéro"
pratiquée par le pouvoir conservateur est la loi de condamnation obligatoire (Mandatory
Sentencing). Cette loi est applicable dans le Territoire du Nord et dans l'état
d'Australie Occidentale. Elle permet d'envoyer directement en prison une
personne ayant volé le bien d'autrui. Le jugement est sans recours et suit la
loi des 3 coups : à la première arrestation, le suspect est envoyé 14 jours
en prison, à la deuxième arrestation, il prend 6 mois et à la troisième
arrestation, il reste un an emprisonné. Les personnes tombant sous le coup de
cette loi sont principalement de jeunes aborigènes ayant volés des objets sans
grande valeur comme des crayons, du papier ou des biscuits. En plus, il semble
que les Aborigènes vivant autour de Darwin ne connaissent pas cette loi. Ils ne
sont donc pas conscients des peines qu'ils encourent en cas de vol à
l'étalage.
Ces peines
d'emprisonnement obligatoire ont entraîné le suicide de prisonniers
Aborigènes pendant leur incarcération.
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Les conséquences désastreuses de cette
loi ont été dénoncée en 1991 par une commission royale chargée d'enquêter sur la
mort en prison de 99 Aborigènes, entre 1980 et 1989, dans l'état d'Australie
Occidentale. Le rapport rendu par cette commission indique que, si les
Aborigènes âgés de 15 ans et plus ne représentent que 1,1% de la population
australienne, ils constituent 29% de la population carcérale et qu'ils meurent
23 fois plus en prison que les autres australiens incarcérées.
Une autre loi, moins connue, appliquée dans le territoire du Nord est celle
sur le comportement antisocial. Cette loi autorise la police à perquisitionner
sans mandat toute personne soupçonnée d'avoir un "comportement
antisocial". Comme les soupçons sont souvent fondés sur des plaintes de
voisinage, les Aborigènes sont les principales cibles de cette loi. Ensuite la
notion de "comportement antisocial" est suffisamment large pour que le
moindre écart à un comportement jugé normal se traduise par une descente de
police.
Ces lois ont été mises en place par des gouvernements conservateurs dont le
principal souci était de rassurer les australiens blancs. Cependant, les dernières
élections dans le territoire du Nord, en août 2001, ont permis à un
gouvernement travailliste de reprendre le pouvoir. L'espoir des Aborigènes est
que ce nouveau gouvernement mette fin à ces lois racistes.
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La police des plages à Darwin
A Darwin, il est interdit de dormir sur les plages entre le
coucher et
le lever du soleil. Pour faire respecter cette loi, la police des plages patrouille
la nuit et interpelle les contrevenants. Une personne interpellée doit alors payer
immédiatement une amende de 50 ou 100$. Si elle ne peut
pas le faire, elle est emmenée au poste de police.
Cette loi s'applique essentiellement aux Aborigènes car ils ont toujours eu
l'habitude de dormir dehors. Le seule intérêt de cet loi
est encore une fois d'assurer la tranquillité des australiens blancs.
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La lutte contre l'alcool à Alice Springs
A Alice Springs, l'alcool fait des ravages : 56% des délits sont liés à
l'alcool, 62% des décès sur la route sont dus à l'alcool et la consommation
d'alcool est 70% plus élevée que dans le reste du pays ! Au delà de ces
chiffres, l'alcool installe un climat d'insécurité dans la ville. Il est à
l'origine des violences domestiques et des troubles sur la voie publique. Il
a pour effet de donner une mauvaise image de la ville aux touristes.
Pour enrayer ce fléaux, plusieurs stratégies ont déjà été mises en oeuvre :
aide aux victimes de l'alcool, renforcement de la lutte contre les abus
d'alcool, promotion des voies alternatives et aide au développement économique
et social. Toutes ces mesures touchent principalement les Aborigènes qui vivent
autour d'Alice Springs. Cependant, une limitation sur les ventes d'alcool n'a jamais pu être mise en
place.
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Alice Springs compte seulement 27000 habitants dont 20% d'Aborigènes
mais il existe 85 débits de boisson alcoolisées et 16 "takeaways"
où l'on peut acheter de la bière. Cette situation d'inflation des points de
vente d'alcool montre les boissons alcoolisées rapportent beaucoup d'argent à Alice Springs. Par conséquent toutes les
mesures qui tendraient à limiter ce marché sont ardemment combattues par ceux
qui détiennent ces petits commerces.

Face à cela, une association de lutte
contre l'alcool (People's Alcohol Action Coalition) a proposé de réduire la
quantité maximum d'alcool vendue par personne et de limiter les heures
d'ouvertures des débits de boisson. En septembre 2001, ces propositions
n'étaient toujours pas adoptées et la lutte entre les deux parties continuait... |
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Lutte pour la scolarisation chez les Walpiris
Dans les communautés du désert central, la scolarisation des
Aborigènes pose de nombreux problèmes. D'abord, il est difficile de
concilier la vie errante des Aborigènes avec les obligations imposées par un
lieu fixe comme l'école. Ensuite, beaucoup de parents n'ont jamais été
à l'école et donc ne peuvent pas aider leurs enfants. Enfin, il est difficile
d'organiser le ramassage des élèves dans des communautés où les lieux de vie
sont
éparpillés.
Face à ces problèmes, les communautés Walpiri du désert central ont trouvé
quelques solutions. A Yuendumu, les enseignants ont organisé le recensement des
enfants en âge d'aller à l'école et ont mis en place un système de ramassage
scolaire.
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Après
la sortie de l'école, la police de nuit de la communauté aide à retrouver les
enfants qui ne sont pas revenus chez eux.
A Lajamanu, un système de "feux tricolores" aide à suivre le
comportement des élèves : lorsqu'un élève est vert, il se
comporte bien, lorsqu'il est orange, il est en danger et lorsqu'il est
rouge, il a fait des bêtises et doit aller voir le principal de son
école ! Pour motiver les élèves et leurs familles, la communauté offre
même un "barbecue familial" pour les enfants qui ont été
chaque jour à l'école pendant 10 jours !
Même si les moyens employés pour scolariser les enfants semblent
insuffisants, ils montrent que les parents Aborigènes se sentent concernés
par l'éducation de leurs enfants.
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La galerie Desart : entreprise culturelle
La galerie Desart est installée à Alice Springs depuis un an et
demi. Elle est gérée par des Aborigènes et représente 39 centres artistiques
du désert. Son rôle est de faciliter la production et la vente de l'art
aborigène et aussi d'assurer le maximum de retour financier aux artistes.
La rentabilité économique de cette entreprise semble difficile à atteindre
car il existe un marché noir qui touche la plupart des communautés
artistiques du désert. Des "marchands de tapis" obtiennent, contre de
l'alcool ou quelques dollars, des oeuvres d'artistes reconnus qu'ils revendent
ensuite à des collectionneurs.
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Pour mettre fin à cette pratique, les responsables de Desart demandent au gouvernement du territoire que soit mis en
place un système de contrôle des marchands d'art.
Cependant, tous les conseillers artistiques des coopératives ne partagent pas
l'idée qu'une entreprise artistique soit rentable. Leur argument est qu'une
institution culturelle n'a pas à être rentable, elle doit d'abord permettre aux
artistes de faire vivre leur culture. Ils réclament plutôt un
accroissement significatif des aides financières
accordées par le Territoire du Nord aux coopératives artistiques.
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